De Georges Mandel à Nicolas Sarkozy - sommaire

Alain Doucine - 22 septembre 2007

Pour toute personne cherchant à comprendre comment le monde aurait pu et du éviter l’aveuglement face au nazisme, Georges Mandel trop peu connu dont Nicolas Sarkozy a publié en 94 une biographie, est un incontournable, mais aussi un modèle par rapport aux défis d’aujourd’hui de la sécurité et de la paix dans le monde.

A l’exemple très rare de Winston Churchill, très tôt Georges Mandel a bien compris la montée du nazisme et les ambitions totalitaires d’Hitler, prônant d’intervenir militairement et se faisant invectiver tout comme Churchill d’être la pire menace à la paix dans le monde.

A l’opposé dans les années 36-38, Hitler était reconnu par les principaux dirigeants de l’époque, Chamberlain en Grande-Bretagne, Mackenzie King au Canada, etc. démontrant un aveuglement total, mais tout aussi d’actualité, comme un homme charmant et plus encore.

Aussi horrible que cela soit, la stratégie du pire, c’est-à-dire l’immense tragédie et toute l’horreur de la Seconde Guerre mondiale, était l’inévitable aboutissement où par leur aveuglement, leur désinformation, leur démagogie, des attaques méprisables, voire leur collaboration, les anti-Churchill et les anti-Mandel conduisirent le monde.

Attendre le pire pour réagir, mais avec une grande cohésion, ou agir pour prévenir le pire mais dans la division semble être le dilemme auquel sont confrontées les démocraties face au totalitarisme. L’horrible est que la première alternative semble être la meilleure ou la moins pire du fait de la prise de conscience et de la cohésion qui en découle alors que la seconde se détruit dans la division.

 

- Une biographie de Georges Mandel par Nicolas Sarkozy !

Nicolas Sarkozy a écrit en 1994 une biographie de Georges Mandel, dont le sous-titre le moine de la politique’, est à priori surprenant, mais dans cette période troublée de l’Histoire de France, c’est certainement dans la position de Georges Mandel que Nicolas Sarkozy se serait senti le plus à l’aise, mais d’un Georges Mandel qui réussit à s’évader pour œuvrer avec Churchill et les autres à organiser le monde libre face au nazisme.

On ne peut que constater que les premiers gestes qu’il a posés où qu’il aurait posés, à l’opposé de la France du duo Chirac- De Villepin, apparaissent comme très certainement Georges Mandel aurait agi.

 

- L’intervention militaire en Irak.

Après la guerre du Golfe, il était certainement préférable de ne pas aller jusqu’à destituer Saddam Hussein. C’était d’ailleurs la position très ferme du Président Bush ( 41 eime), de Colin Powell comme de Dick Cheney en espérant que sous la supervision de l’ONU, d’un programme de sanctions économiques et d’un contrôle de l’espace aérien, Saddam Hussein revienne dans le droit chemin.

Après les attentats du 11 septembre, la situation est radicalement différente, c’est l’échec catastrophique des mesures mises en place 10 ans plus tôt sous l’égide de l’ONU et dans un cadre totalement différent et d’une tout autre dimension : Ben Laden, Al Qaïda et son Jihad contre l’occident. Comment ne pas en tenir compte!

Saddam Hussein a continué avec son régime de terreur et d’extermination contre son peuple. ‘Le système répressif mis en place par Saddam Hussein était inexpugnable de l’intérieur… Laisser Saddam Hussein exercer son pouvoir plus longtemps, c’était condamner la société civile irakienne à l’anéantissement ‘ Chris Kutschera page 21 de l’introduction du ‘le livre noir de Saddam Hussein’, préfacé par Bernard Kouchner, suivie de 700 pages supportant cette affirmation, écrit par 23 auteurs parmi les meilleurs experts sur la question. Certains se surprendront très certainement de ne pas y trouver leur référence en la matière: l’énorme Michael Moore.

Et aurait-il du ajouter, avec la complicité et la participation de l’Occident, car le programme pétrole contre nourriture lamentablement administré par l’ONU s’est transformé en une arme de destruction massive contre le peuple irakien, un rapport de l’UNICEF est particulièrement accablant sur ce point, au profit des ‘corrompus de Saddam Hussein’ de lui-même et de sa clique.

Dans le livre qui porte ce titre, Laurent Chabrun et Franck Hériot ont tout expliqué. En particulier la France et l’ONU se servant de juteuses commissions pour assurer la gestion corrompue de ce programme y jouent un rôle assez puant et pitoyable que Chirac comme De Villepin ne pouvaient pas ne pas connaître.

Redonner toute son autonomie à Saddam Hussein était de la folie, continuer avec ce programme anti-humanitaire géré dans la plus totale corruption par l’ONU, l’était encore plus, tout comme l’étaient les sanctions économiques imposées à l’Allemagne par l’inconscient traité de Versailles.

A l’encontre du duo Chirac-de Villepin, Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner qui à l’époque s’était très clairement prononcé, auraient appuyé l’intervention militaire en Irak au coté de Georges W Bush et de la majorité des leaders américains, comme Georges Mandel était avec Winston Churchill.

Au lieu de Ouest contre Ouest pour reprendre le titre du livre d’André Glucksmann ayant souvent eu tort comme Georges Mandel d’avoir raison trop tôt, c’était l’Ouest avec l’Ouest.

L’histoire de ces quatre dernières années aurait été fort différente.

 

- Renouer seulement les relations franco-américaines?

Nicolas Sarkozy organise ses vacances pour s’afficher avec le Président Georges W. Bush, l’homme le plus haï sur la planète et perçu comme la pire menace pour la paix dans le monde. Tony Blair n’a tiré que des problèmes et de l’impopularité de sa bonne relation et de son appui à Georges W. Bush.

Si Nicolas Sarkozy souhaite et c’est certainement très bien, un rapprochement franco-américain, il n’y a aucune raison qu’il en fasse autant, surtout avec un président très impopulaire à moins de 16 mois de la fin de son mandat. Il aurait pu se contenter des rencontres officielles, de rencontres à un second niveau et accentuer ses efforts en 2009 avec le prochain président qui pourrait de plus être démocrate.

Ou Nicolas Sarkozy recherche le suicide politique, ou il y a une profonde urgence de le faire.

 

- l’issue programmée de la situation actuelle…

En Irak comme en Afghanistan, le problème est moins la volonté des populations à évoluer vers la Démocratie que l’insécurité inhumaine et le terrorisme qui y règnent et l’entravent.

Ou ces deux pays évoluent dans la direction de l’Algérie et de l’Égypte capables par eux-mêmes d’assurer leur propre sécurité et résister au fascislamisme, se tournant vers la démocratie, ou bien ils sombrent dans la direction de l’Iran, de la Syrie et du Hezbollah entrainant le reste du Moyen-Orient, le Liban etc. et le monde musulman.

Comme à une autre époque, l’Allemagne aurait pu évoluer vers la Démocratie plutôt que de sombrer dans le nazisme, entrainant le reste du monde dans le désastre, si au lieu des conditions du traité de Versailles on avait mis en place des conditions dans l’esprit du plan Marshall comme le souhaitait d’ailleurs le Président Wilson.

Le Moyen-Orient et le monde musulman sont à un tournant très critique et tout autant pour le reste du monde, dépendant de l’évolution de la situation en Irak et en Afghanistan.

Si l’opinion publique américaine ne change pas dans les prochains 6 à 8 mois, le prochain Président ne pourra se faire élire qu’en s’engageant sur un retrait rapide des troupes américaines de l’Irak et il devra le faire. Ce que le reste du monde ne fait que souhaiter, attendant cet autre Vietnam, plutôt voir la démocratie écrasée que les Américains réussir, inconscient des conséquences.

De même au sein des pays de l’OTAN participant à la mission militaire en Afghanistan, en particulier le Canada, les Pays Bas, les pays réellement engagés, si l’opinion publique ne change pas dans les 6 à 8 mois ils devront se retirer au début 2009. Au Canada le gouvernement minoritaire de Stephen Harper cherche le plus possible à retarder la décision du Parlement sur ce point, mais il y a une limite face à la démagogie irresponsable de l’opposition.

Dans les deux cas, la mécanique du processus démocratique conduit inexorablement vers cette débandade du retrait des troupes pour le début 2009 dans la totale indifférence jusqu’à récemment des pays, comme la France, peu ou pas impliqués.

L’Afghanistan comme l’Irak étant encore très loin de pouvoir assurer leur propre sécurité, c’est la porte grande ouverte à Al Qaeda et au fascislamique, imprévisible de savoir jusqu’où cela peut s’étendre dans la poudrière du Moyen-Orient et que l’ensemble du monde devra subir.

Après un retrait des troupes américaines en Irak comme des principaux pays engagés en Afghanistan, comment envisager que l’Iran cède sur son programme nucléaire, que va-t-il se passer au Pakistan, que va faire Damas, que va-t-il se passer au Liban etc.?

Nous serions alors fort probablement à la veille du pire, l’inévitable aboutissement où les anti-Bush conduisent le monde comme hier le firent les anti-Churchill et les anti-Mandel.

Il ne reste que 6 à 8 mois pour changer le cours des choses…. Ben Laden et ses acolytes, l’Iran, la Syrie le Hezbollah et les autres le savent mieux que nous et l’attendent tranquillement.

Croire que Ben Laden et ses acolytes ne pourraient mener aussi loin qu’Hitler ou Staline leur projet totalitaire ou que s’il avait eu à choisir Saddam Hussein se serait rangé du coté des démocraties est de la naïveté.

 

- … mais il ya du Georges Mandel dans Nicolas Sarkozy.

Face à ce scénario catastrophe, cette issue programmée tout aussi claire que la montée du nazisme à une autre époque, non seulement il faut éviter le retrait des troupes en Afghanistan comme en Irak, mais au contraire les maintenir voire les augmenter.

Quand il s’affiche avec Georges W Bush, il ne fait qu’affirmer : voilà où je suis, pas où vous pourriez le penser. Simplement dans une position qui cadre avec sa biographie de Georges Mandel, de l’admiration et des idées qu’il partage avec cet homme. Et cela a et va avoir de nombreuses implications.

Il s’active à réintégrer pleinement la France au sein de l’OTAN, certainement pas pour organiser un retrait des troupes alors que son agenda est déjà très chargé, bien au contraire tout démontre que Nicolas Sarkozy, fort heureusement, travaille avec les principales Démocraties pour au delà de 2008, en liaison avec L’ONU et dans le cadre de l’OTAN, pouvoir poursuivre les opérations militaires et humanitaires en Irak et en Afghanistan. .

Non pas dans cette sorte de multilatéralisme des tire-au-flanc conséquence de la manœuvre du duo Chirac – De Villepin, où si plus d’une trentaine de pays sont impliqués en Afghanistan et en Irak, en pratique 90% de l’effort et conséquemment des pertes humaines est supporté par 10% d’entre eux soit 3 ou 4 pays avec comme conséquence la situation que l’on constate : l’ insuffisance des forces en place pour assurer la sécurité facilite l’activité des terroristes, accroit les pertes humaines, démobilise les populations locales, entrave le processus démocratique et écœure les quelques pays qui supportent tout le poids de ces guerres nous entrainant vers ce scénario catastrophe.

Mais vers une solution impliquant une plus large participation et l’effort équitable de tous, appuyée par l’ensemble des puissances de l’Otan donc facilement acceptable par l’opinion publique et sur laquelle les politiciens actuellement si déterminés sur le retrait des troupes trouveront facilement la facilité d’une pirouette.

Jusqu’à ce que l’Afghanistan et l’Irak, cinq ans et plus peut-être, puissent assurer leur propre sécurité militaire et policière, atteindre une stabilité démocratique, être dans la situation de l’Algérie ou de l’Égypte pouvant par eux-mêmes assurer leur sécurité face au fascislamisme. Comme dans nos démocraties exemplaires le processus démocratique est lent, difficile et plein d’embuches. Pour eux c’est nouveau, il faudrait un peu mieux comprendre leur situation.

Le Monde aura évité le pire…Ce scénario exigeant certes, est bien préférable à l’alternative. Si la France avait su écouter Georges Mandel….

Avec le duo Sarkozy-Kouchner à la place du duo Chirac- De Villepin, non seulement la France mais le Monde se porte mieux.

 

- ce sur quoi les médias français devraient s’informer dans l’intérêt de tous.

Plutôt que de patauger sur le coût de location de sa résidence de vacances qu’il a du partager avec quelques amis pour économiser un peu, il n’est pas le seul à le faire

Il serait plus intéressant de savoir et les médias français devraient s’y intéresser s’ils faisaient un travail sérieux, pourquoi Nicolas Sarkozy a écrit cette biographie de Georges Mandel, ce qu’il l’a motivé à le faire, comment il s’identifie à cet homme, lui demander de commenter le sous-titre : ‘le moine de la politique’, ce qu’il en a appris et comment ce travail et cette réflexion contribuent et l’aide ou non à sa compréhension de la situation actuelle face au fascislamisme, aux guerres en Afghanistan et en Irak, le dossier iranien etc.

Est-il comme Georges Mandel partisan d’agir pour prévenir le pire ou au contraire comme la grande majorité d’attendre le pire pour réagir.

Cela permettrait de mieux comprendre sa position et sa politique, tout autant qu’à Nicolas Sarkozy de s’expliquer et mieux la faire comprendre.

Le Monde a grandement besoin d’un Georges Mandel en espérant que cette fois-ci la France l’écoutera.